L’oppidum de Nages, aussi appelé oppidum des Castels, se trouve sur une hauteur qui domine la Vaunage, près du village de Nages-et-Solorgues dans le Gard. Le relief explique une grande partie de l’intérêt du site. Depuis cette position, les habitants pouvaient surveiller les passages, les terres cultivées et les itinéraires qui reliaient l’arrière-pays nîmois aux plaines littorales.
Le mot oppidum désigne, dans le vocabulaire archéologique, un habitat groupé installé sur un site souvent défendu. Il ne faut pas le traduire automatiquement par « ville » au sens moderne. Un oppidum pouvait réunir des maisons, des espaces de circulation, des réserves, des lieux de production et des fortifications, avec une organisation plus ou moins dense. Celui de Nages correspond à un village fortifié de l’âge du Fer, occupé principalement durant les derniers siècles avant notre ère.
Le site appartient au réseau des habitats attribués aux Volques Arécomiques, un peuple gaulois dont le territoire couvrait notamment la région de Nîmes et une partie du Languedoc oriental. Cette attribution s’appuie sur les recherches archéologiques et sur la géographie historique de la région. Elle ne signifie pas que tous les habitants formaient une société uniforme ou que les frontières politiques ressemblaient à celles d’un État contemporain.
L’expression est utile pour donner une première image du site, mais elle doit être précisée. Les habitants de l’oppidum de Nages n’étaient pas des personnages isolés vivant uniquement de chasse et de cueillette. L’archéologie montre, pour les habitats de cette période en Gaule méditerranéenne, des communautés agricoles qui cultivaient les céréales, élevaient des animaux, fabriquaient des objets et échangeaient avec d’autres territoires.
Le terme « gaulois » renvoie ici à une période et à des populations de l’âge du Fer. Il ne décrit pas une culture unique. Les communautés installées autour de la Méditerranée entretenaient des contacts avec les mondes grec, étrusque, italique et romain. Ces relations se repèrent par certains objets importés, par les formes de la vaisselle et par l’évolution des techniques.
À Nages, les vestiges doivent donc être lus comme les traces d’une société organisée. Les fortifications indiquent un effort collectif et une volonté de contrôler l’accès. Les maisons témoignent d’une occupation durable. Les objets retrouvés par les archéologues renseignent les activités quotidiennes, les échanges et les transformations intervenues entre le IIIe et le Ier siècle avant notre ère.
Les recherches archéologiques distinguent plusieurs phases d’occupation. Le site prend de l’importance pendant l’âge du Fer, notamment à partir des derniers siècles avant notre ère, avant d’être progressivement abandonné à l’époque romaine. La datation précise de chaque construction dépend des couches archéologiques, des objets associés et des techniques de comparaison utilisées par les chercheurs.
Les travaux de l’archéologue Michel Py ont joué un rôle important dans la connaissance des oppida de la région nîmoise et dans l’étude de Nages. Les résultats des fouilles ont permis de mieux comprendre la succession des aménagements, l’évolution de l’habitat et les relations entre les communautés de la Vaunage et leur environnement.
Une chronologie simplifiée aide à situer les vestiges :
Cette chronologie reste une grille de lecture. Elle ne signifie pas que chaque changement s’est produit en une seule année. Les déplacements de population, les modifications des bâtiments et les nouvelles pratiques se sont généralement installés progressivement.
La position élevée ne suffisait pas à protéger le village. Les habitants ont aménagé des défenses qui exploitaient les pentes et les points d’accès les plus faciles. Les vestiges de l’enceinte constituent l’un des éléments les plus lisibles du site. Ils permettent de comprendre comment un mur pouvait à la fois délimiter l’habitat, filtrer les entrées et affirmer l’existence d’une communauté organisée.
Une fortification gauloise ne doit pas être imaginée comme une muraille continue comparable à celles d’une cité médiévale. Sa forme dépendait du terrain, des matériaux disponibles et des techniques locales. Les archéologues étudient la largeur des murs, leur appareil, les reprises visibles et la relation entre l’enceinte et les autres constructions.
Sur un relief comme celui des Castels, la topographie jouait plusieurs rôles :
La fonction défensive n’était cependant pas la seule. Une enceinte pouvait aussi marquer les limites de l’habitat et signaler le statut collectif du lieu. Le choix d’un sommet visible depuis la plaine avait donc une dimension pratique, mais probablement aussi politique et symbolique.
Les fouilles ont mis au jour des secteurs d’habitat qui donnent une image concrète de la vie dans le village. Les maisons étaient construites avec des matériaux disponibles localement, notamment la pierre pour les soubassements et des matériaux plus légers pour certaines élévations. Les sols, les foyers, les zones de stockage et les fragments de récipients permettent de distinguer plusieurs usages à l’intérieur des bâtiments.
Les maisons gauloises n’étaient pas toutes identiques. Leur taille et leur organisation pouvaient varier selon la fonction du bâtiment, la période de construction ou la position sociale des occupants. Certaines pièces servaient probablement à la préparation des aliments, d’autres au rangement des récoltes ou à des activités artisanales. Il faut rester prudent : l’archéologie identifie des fonctions à partir d’indices convergents, mais elle ne peut pas toujours attribuer un usage certain à chaque espace.
Les circulations internes sont également importantes. Des passages aménagés, des alignements de murs et la disposition des bâtiments montrent que l’habitat n’était pas un assemblage désordonné. Le village s’est construit par étapes, ce qui explique les différences d’orientation et les réorganisations observées dans les secteurs fouillés.
Les objets retrouvés apportent un complément essentiel :
Observer l’oppidum depuis son sommet permet de comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un lieu isolé. La Vaunage forme une dépression entourée de reliefs, située entre l’arrière-pays nîmois et les axes qui conduisent vers la Méditerranée. Les terres basses pouvaient fournir des ressources agricoles, tandis que les hauteurs offraient des points de surveillance et des espaces défensifs.
Les échanges ne se limitaient pas aux objets prestigieux. Ils concernaient aussi des produits alimentaires, des matières premières, des techniques et des habitudes. La présence de vaisselle ou de contenants fabriqués hors du site ne prouve pas nécessairement un commerce direct avec une région lointaine. Elle peut résulter d’une succession d’échanges entre plusieurs communautés.
Les amphores sont particulièrement utiles pour étudier ces connexions. Elles servaient au transport du vin, de l’huile ou d’autres denrées. Leur forme et leur pâte peuvent aider les archéologues à déterminer une origine probable. Ces indices, associés à la stratigraphie et aux autres objets, montrent que les populations de la Vaunage participaient aux réseaux de la Méditerranée occidentale avant même la domination complète de Rome.
L’oppidum doit ainsi être replacé dans un paysage habité. Le village perché constituait un point important, mais il fonctionnait avec les terres cultivées, les zones d’élevage, les chemins et les autres habitats de la région.
L’abandon progressif de l’oppidum s’inscrit dans une transformation plus large des territoires du Midi. Après la conquête romaine et la réorganisation de la Gaule méridionale, les formes d’habitat évoluent. Les populations se rapprochent de certains axes de circulation, des terres agricoles et des nouveaux centres administratifs ou économiques.
Il serait toutefois réducteur de présenter ce changement comme une disparition brutale de la population. Un oppidum peut perdre sa fonction principale sans que tous ses habitants quittent immédiatement la région. Les familles peuvent se déplacer vers d’autres sites, conserver des terres autour de la hauteur ou réutiliser certains matériaux. Les causes sont probablement multiples : nouvelle organisation politique, évolution des échanges, recherche d’un accès plus simple aux voies de circulation et changement des fonctions militaires.
Le phénomène concerne de nombreux habitats perchés de la Gaule méditerranéenne, mais chaque site possède sa propre histoire. Pour Nages, les vestiges et les études archéologiques permettent surtout de constater une transition entre un village fortifié de l’âge du Fer et un paysage progressivement intégré au système romain.
La visite gagne à commencer par le relief plutôt que par les seuls murs. Le panorama permet de comprendre la logique du choix de l’emplacement. La hauteur domine la Vaunage et met en relation le site avec les villages, les cultures et les autres lignes de relief. Cette lecture géographique complète les informations fournies par les panneaux ou les publications archéologiques.
Sur place, plusieurs indices méritent une attention particulière :
Les ruines sont parfois discrètes, car les murs ont été arasés et les matériaux ont pu être réutilisés au fil des siècles. L’absence de bâtiment intact ne signifie donc pas l’absence d’organisation. En archéologie, un alignement de pierres, une différence de sol ou une concentration de fragments peuvent fournir des informations importantes.
Les conditions de visite peuvent changer selon la saison, les travaux de conservation, la météo ou les règles d’accès. Avant de se déplacer, il est prudent de vérifier auprès des services locaux compétents si le site est ouvert, si un stationnement est prévu et si un parcours balisé est accessible.
La visite se déroule sur un relief. Des chaussures adaptées sont utiles, surtout après la pluie, et il faut prévoir de l’eau en période chaude. Les pierres peuvent être irrégulières et les zones dégagées offrent peu d’ombre. Les enfants doivent rester sous la surveillance des adultes près des pentes et des secteurs non aménagés.
Pour préserver les vestiges, quelques règles simples s’imposent :
Un guide consacré à l’archéologie régionale ou une notice scientifique permet de mieux interpréter les vestiges. Les informations les plus fiables sont à rechercher dans les dossiers du ministère de la Culture, les publications de la carte archéologique de la Gaule et les travaux universitaires consacrés aux oppida du Languedoc. Les panneaux installés sur le site doivent également être lus dans leur contexte : ils présentent généralement une synthèse destinée au public, et non l’ensemble des débats scientifiques.
L’intérêt de Nages dépasse la simple observation de ruines anciennes. Le site montre comment une communauté a utilisé un relief, organisé son habitat et participé à des échanges méditerranéens avant la période romaine. Il rappelle aussi que les paysages actuels conservent des traces de choix anciens : emplacement des chemins, relation entre les hauteurs et les terres basses, accès aux ressources et contrôle des passages.
Trois idées permettent de retenir l’essentiel :
En observant les vestiges avec ces repères, la colline des Castels devient un document historique à part entière. Les murs conservés ne racontent pas tout, mais ils s’insèrent dans un ensemble de données qui comprend les objets, les sols, le relief et les comparaisons avec les autres habitats de l’âge du Fer.
Il se situe sur la hauteur des Castels, au-dessus de Nages-et-Solorgues, dans le Gard, au sein de la Vaunage. Le relief domine la dépression et offre un large point de vue sur le territoire environnant.
Les principales phases étudiées appartiennent à l’âge du Fer, surtout aux derniers siècles avant notre ère. L’habitat décline ensuite dans le contexte de la réorganisation romaine de la Gaule méridionale.
Les habitants sont généralement rattachés aux Volques Arécomiques, peuple gaulois attesté dans la région nîmoise. Cette identification repose sur les recherches historiques et archéologiques, et ne doit pas être comprise comme une description uniforme de toute la population.
Les vestiges comprennent notamment des éléments de fortification, des bases de constructions et l’organisation générale de l’habitat. Le relief et le panorama constituent aussi des clés importantes pour comprendre le fonctionnement du site.
Les conditions d’accès peuvent varier. Il est préférable de vérifier les informations locales avant la visite et de respecter les consignes de sécurité, de conservation et de circulation affichées sur place.